Portraits et paroles d’exilés


Au vestiaire du Centre de Premier Accueil de la porte de la Chapelle, à Paris, un soir d’hiver 2017, Zaman, un jeune Afghan – arrivé en bermuda et en tongs après avoir marché seize mois depuis Kaboul –, s’est présenté à la boutique et m’a demandé sans trop y croire, si par hasard, dans le tas de tennis usagées que je lui présentais, nous n’aurions pas une paire de baskets, « pas moches », des sneakers… comme celles de Jay-Z.

L’idée du projet est partie de là.

Peu de temps après, nous étions deux photographes, un vidéaste et quatre bénévoles d’Emmaüs Solidarité réunis autour d’une mission simple : celle d’en savoir plus sur le rôle de leurs vêtements, ces vêtements qu’ils portent et qui ont souvent appartenu à d’autres. Ce qu’ils représentent pour eux. En quoi ils dénoncent, en quoi ils trahissent, ou en quoi ils protègent (et pas juste du froid et de la pluie). Ils ont chacun choisi une tenue parmi les vêtements proposés dans le vestiaire et ont pris le temps de nous expliquer pourquoi. Pourquoi ces chaussures, pourquoi cette forme de pantalon, cette couleur de veste. Et puis de poser. Ces portraits réalisés « à la chambre » comme un moment de rencontre, et ces moments précieux d’interviews, sont là pour témoigner.

En savoir plus

Découvrir des portraits

Bachir
J’ai 20 ans. Je viens de Somalie.
J’aime ces habits… j’aime m’habiller comme un Américain !
En Somalie, on ne s’habille pas aussi serré, vous savez, on met des habits plus larges.
Ma famille n’aimerait pas trop me voir habillé comme ça.
Ils trouveraient ça trop près du corps.
En France, je suis libre de m’habiller comme je veux.

 

Ali Omar
J’ai 24 ans et je viens de Somalie.
Je porte ce sweat-shirt « Ici c’est Paname » parce qu’il est cool.
Je ne sais pas vraiment s’il est à la mode en France… car quand je suis arrivé ici, j’étais très malade,
j’ai passé deux mois à l’hôpital, je viens de sortir. Je n’envoie jamais de photo de moi à ma famille
ou à mes amis, mais je vais envoyer celle que vous avez faite aujourd’hui.
Avec ce sweat « Ici c’est Paname ».

 

Mustafa
J’ai 24 ans et je viens du Soudan.
J’aime beaucoup ce sweat-shirt « Romantic ».
Le bleu foncé comme ça est ma couleur préférée.
À Paris, la mode est beaucoup plus belle qu’au Soudan.

 

Ahmad
J’ai 19 ans. Je viens du Soudan.
J’ai choisi ce T-shirt car il est très beau et en plus, c’est ma taille. Il me va comme si c’était le mien.
Il va bien avec mon turban. Au Soudan, dans ma région, tous les hommes portent un turban sur la tête. Ce n’est pas toujours le cas dans d’autres régions.
Celui-ci, je l’ai eu à Istanbul.
Je peux porter du noir ou du bleu, mais je préfère ne pas porter de rouge, c’est moche.

 

Ibrahim
J’ai 18 ans et je suis guinéen.
Mes autres habits, ce sont mes amis qui me les ont donnés. Je n’ai rien, moi.
J’aime le noir. Ce sweat-shirt noir.Dans la rue, on n’est pas bien habillé.
Je suis entré vendredi ici, j’étais dans la rue. Je n’ai rien d’autre que ce que j’ai sur moi.

 

Acheter le catalogue d’exposition

Acheter le catalogue

Les recettes de la vente de ce catalogue sont entièrement reversées à Emmaüs Solidarité

 

À propos du Centre de Premier Accueil

Le Centre de Premier Accueil d’Emmaüs Solidarité a ouvert ses portes le 10 novembre 2016 dans le 18ème arrondissement pour proposer une prise en charge digne des personnes migrantes arrivant à Paris. Animé par 120 salariés et avec l’aide de 500 bénévoles, il comprenait 400 places d’hébergement pour une durée limitée, un vestiaire et un pôle santé. Fermé le 31 mars 2018 pour laisser la place au futur Campus Condorcet, selon la convention de mise à disposition des lieux, ce dispositif a permis en un an et demi de mettre 25 000 ménages à l’abri.

Pour connaitre nos actions, adhérer à l’association, devenir bénévole, faire un don ou devenir partenaire rendez-vous sur notre site.

Emmaüs Solidarité

Crédits
Conception et Direction Artistique ; Valérie Larrondo
Coordination et Partenariat : Sabrina Ponti
Interviews : Marion Perin, Vanessa François, Sabrina Ponti et Valérie Larrondo
Photographes : Frédéric Delangle et Ambroise Tezenas
Vidéaste : Sylvain Martin

En partenariat avec